Ma meilleure ennemie

Cela faisait déjà une semaine que j’étais dans ma nouvelle école spécialisée. Là où je me réveillais et me levais, où je déjeunais et soupais, où j’apprenais et étudiais, et où je me rendormais. Voilà ce qu’était mon quotidien. La seule chose qui avait changé par rapport à mon ancienne école, c’était que cette nouvelle école était aussi ma maison, un peu comme un internat sauf que je ne rentrais jamais chez moi. Enfin, chez papa, parce que selon lui, les enfants comme moi n’avaient rien à faire dans sa maison et ils allaient dans les écoles spécialisées. Les enfants comme moi sont « bizarres », les enfants comme moi ne sont pas « normaux ». Les enfants comme moi sont malades, certains sont attardés mentalement ; moi, je suis schizophrène. A ce moment, cela faisait une semaine que j’étais dans mon nouveau chez moi, seule dans une chambre contenant seulement un lit deux places, une armoire et un bureau de travail, ayant pour unique compagnie « ma meilleure ennemie » ; ma schizophrénie.

Le lundi de la deuxième semaine que j’ai passé dans cette école, j’avais eu du mal à me lever lorsque mon réveil avait sonné à 7h00. Comme tous les matins, je m’étais arrangée un minimum avant d’aller déjeuner dans l’immense cafétéria de l’école, afin d’attirer le regard des gens, pour combler ma solitude. J’étais sortie de ma maudite chambre à 7h25, et arrivée à la cafétéria à 7h30, donc dans les temps, pour ne pas changer. Je n’étais presque jamais en retard de toute façon. De là, je déjeunais avec un croissant, une baguette française au nutella et un thé anglais, assise à la table près de la sortie de la cafétéria, exactement comme les fois d’avant. Je n’étais pas du genre à changer mes habitudes de toute façon. J’ai terminé de manger à 7h55 et j’étais arrivée en classe à 8h00, pile à l’heure et synchronisée à la sonnerie du début des cours. J’avais deux heures de français, ensuite deux heures de mathématique suivies d’un cours au choix. C’était tous les jours comme ça. Et avec des blocs de deux heures pour chaque cours, malgré le fait qu’il y avait une récréation après le cours de français, ma meilleure ennemie prenait le dessus sur ma concentration et m’en faisait voir de toutes les couleurs, au sens figuré comme au sens littéral. Elle savait que j’avais du mal avec les couleurs et que pour que je puisse voir une couleur telle qu’elle est, j’avais besoin de concentration. Alors lorsque ma concentration était affaiblie, cette fichue maladie prenait le dessus et c’était le cas ce jour, comme tous les jours. Quand le professeur avait pris la craie en main, j’avais vu que la craie était bleue mais lorsqu’il se mit à écrire, la craie écrivait rouge. Et ce genre de choses m’arrivait chaque fois à la deuxième heure de cours, comme si j’avais une heure pile de concentration. Franchement l’avant-midi était toujours vraiment barbant, mais l’après-midi était magique ! Car dans les cours au choix, il y avait les langues modernes, les langues anciennes comme le grec, les sciences économiques et les sciences comme la biochimie. Le cours de sciences était magique et pourtant j’étais l’une des seules à assister à ce cours, parce que les autres critiquaient ce cours et le trouvaient trop compliqué. C’était ironique parce que mon père me trouvait idiote lorsque je lui disais que les oiseaux du jardin me parlaient, mais ma mère, elle, a toujours su que je ne l’étais pas et d’ailleurs si elle était encore en vie, je ne me serais jamais retrouvée dans cette école. Mais malgré le fait j’étais presque toute seule à ce cours avec des gens qui ne m’accordaient aucune importance, je me sentais énormément bien là. Ensuite je retournais dans ma chambre et je travaillais. Il n’y avait jamais rien à faire selon moi. Si le professeur ne me donnait pas de devoir, je prenais de l’avance. Et quand j’avais fini cela, je pouvais enfin m’occuper en faisant des recherches sur ce que j’avais vu au cours de sciences la veille.

Le jour suivant, le mardi, était similaire au lundi. Je me suis levée avec difficulté comme le lundi à 7h00, je me suis préparée jusqu’à 7h25 et je suis arrivé à la cafétéria à 7h30. J’ai ensuite déjeuné à la table près de la sortie toute seule. Je la considérais comme ma table. A toutes les autres tables, il y avait minimum deux personnes, deux personnes qui se connaissaient et qui se considéraient comme amis. J’aimerais que ma meilleure ennemie me soit au moins utile des fois, qu’elle fasse parler cette table pour que chaque matin en arrivant à la cafétéria, j’aie une amie ! Après mon petit déjeuné habituel, j’étais allée en cours, à l’heure. La seule chose intéressante qu’il s’était passé cette avant midi, c’était qu’un oiseau essayait de me dire quelque chose à travers la vitre du local. Mais ce n’était pas la première fois qu’un oiseau essayait de communiquer avec moi de toute façon. J’ai apprécié le cours de sciences pour ne pas changer. Et en rentrant dans ma chambre, j’ai fait ce que j’avais fait le lundi soir juste avant. Je sortais seulement à la récréation et pour souper avant de dormir, ensuite je ne sortais plus. J’étais casanière de toute façon.

Le mercredi, je me suis levée avec difficulté encore, tout en pensant aux deux heures du cours de français qui m’attendaient dès le matin. Mais vu que je tenais à ma ponctualité légendaire, j’avais fait un effort et j’étais arrivée à la cafétéria à 7h30. Mon petit déjeuner m’avait réconfortée et donné la force pour la journée. Ma meilleure ennemie m’avait encore fait le coup des craies qui changent de couleurs, comme si elle ne savait pas faire autre chose que le coup des craies ou celui des oiseaux qui parlent. Mais comme d’habitude le cours de sciences me faisait oublier sa compagnie toxique et passé un magnifique après-midi. J’avais fait mes devoirs et mes petites recherches du jour, mais lorsque j’avais ouvert la porte de ma chambre afin d’aller souper, le directeur était devant la porte. Il m’avait dit qu’il faisait une inspection et qu’il voulait voir les chambres ayant des lits deux places. Une fille de mon gabarie se tenait à coté, et lorsque le directeur est sorti de ma chambre après avoir vu que j’avais effectivement un lit à deux places, la fille est entrée. Elle avait directement commencé à se présenter avec un grand sourire et une voix qui m’insupportaient : « Je m’appelle Alicia et j’ai 16 ans… »

« Je vois des choses que les autres ne voient pas. » lui avais-je répondu sèchement.

« Cela ne me dérange absolument pas. » avait-elle répondu avec son grand sourire.

Et j’étais partie sans lui répondre pour aller souper car les personnes trop souriantes me paraissaient fausses, comme si c’était en fait ma meilleure ennemie qui me faisait un énorme sourire parce qu’elle avait trouvé un autre tour à me jouer. Je m’étais dit que soit elle disparaitrait lorsque je serais de retour dans ma chambre, soit demain à 7h00. Et pourtant lors de mon retour dans ma chambre, la fille était toujours là, elle installait les habits de sa valise, dans mon armoire. Cela m’a encore plus frustrée, alors je me suis directement mise au lit avant qu’elle n’ose me regarder pour me sourire.

Le jeudi, à 7h00, j’étais réveillée, encore une fois difficilement, mais aussi frustrée à cause de la mauvaise blague que ma meilleure ennemie m’avait faite la veille, comme je l’avais prévu : cette Alicia n’était plus là ! Je m’étais ensuite préparée comme si de rien n’était, et j’étais sortie de ma chambre à l’heure. Mais lorsque j’avais voulu m’asseoir à ma table, cette fille, Alicia, y était déjà assise. Alors encore plus frustrée contre elle, je m’étais approchée et je lui avais dit : « C’est ma table, pas la tienne. » Et elle s’était alors levée avec son plateau de petit déjeuner, et elle était partie s’asseoir à la table voisine, là où il y avait déjà deux autres filles qui me fixaient, sûrement parce que je parlais à une personne imaginaire ai-je pensé. A cause de ce petit incident, j’avais mangé un petit peu plus vite que d’habitude pour pouvoir terminer de manger à 7h55. Et pendant tout le repas, j’étais perturbée parce qu’Alicia semblait discuter et faire connaissance avec les deux filles qui m’avaient juste avant fixée. Comment une fille qui était imaginaire pouvait discuter avec deux personnes réelles ? Je savais que les deux autres filles existaient parce que tous les matins depuis mon arrivée ici, elles étaient là et déjeunaient ensemble. Je m’étais posé la question pendant tout le long du cours de français, vu que comme par hasard, elle était dans ma classe et elle semblait faire connaissance avec d’autres personnes également. C’était aussi le cas à la récréation, au cours de mathématique et à midi. Mais elle ne me donnait aucune importance alors que ma meilleure ennemie, elle, m’aurait harcelée toute la journée. C’était moi qui l’observais sans cesse. Elle semblait m’avoir répondu comme si j’étais une imbécile : par le silence. Et elle ne m’accordait en plus aucune importance. Lorsque je suis rentrée dans le local de sciences, elle était aussi présente, encore une fois. Elle était assise avec ces personnes qui étaient avec moi au cours de sciences mais qui ne m’avaient jamais accordé d’importance. J’avais alors passé le cours de sciences toute seule comme d’habitude, alors qu’elle, était arrivée il y a seulement un jour et elle avait plein de connaissances par ci par là. Ensuite lorsque j’étais retournée dans ma chambre, elle était arrivée bien après. Je me suis permis de lui demander innocemment : « Qu’est-ce que tu faisais pendant ce temps ? »

« -Maintenant je t’intéresse ? » m’avait-elle répondu gentiment avec sa voie super aigue.

« – Tu as l’air d’intéresser tout le monde, toi. », avais-je répondu un petit peu tristement.

« – Je n’intéresse pas tout le monde. Je fais en sorte qu’ils me remarquent et me donnent un minimum d’importance pour qu’ils puissent par la suite réellement s’intéresser à moi. Je leur fais un grand sourire et me présente directement sans leur demander si je les dérange, mais cette façon de faire n’a pas l’air de plaire à tout le monde… »

« -Je suis sincèrement désolé. » avais-je directement répliqué comprenant que « tout le monde » était en fait moi.

« – Je t’accorde mon pardon, avait-elle donné comme réponse à mes excuses, je suis schizophrène. Alors lorsque tu m’as dit que tu voyais et entendais des choses que les autres ne voient pas, je te promets que cela ne m’a pas dérangé, mais tu avais l’air d’avoir cru que je me fichais de toi, je ne comprends pas. Pourquoi ?

-Ma meilleure ennemie est ma schizophrénie aussi ! », avais-je crié avec stupéfaction.

« – Ta meilleure ennemie ? » avait-elle demandé en fronçant les sourcils l’air de ne pas comprendre.

« -Excuse-moi, c’est comme cela que je l’appelle.

– Qui ? Ou plutôt quoi ? Ta maladie ?

– Oui, ma maladie, avais-je chuchoté les larmes aux yeux. »

Je détestais ma meilleure ennemie mais je refusais d’admettre ce qu’elle était réellement pour moi. Je la considérais comme une personne toxique et non comme une maladie. Cela ne faisait que confirmer toutes les injures de mon père. Comme quoi j’étais bizarre et que ma place se trouvait dans une école spécialisée. Je lui ai alors expliqué tout cela et elle m’a alors consolé et ouvert les yeux. Oui, « ma meilleure ennemie » est une maladie. Oui, je ne suis pas comme les autres. Oui, je suis dans une école spécialisée. Mais ce n’est pas parce qu’une personne est malade qu’elle est bizarre. Nous (les personnes atteintes d’une maladie) ne sommes pas comme les autres, pas parce que nous sommes bizarres, mais pour la simple raison que nous sommes spéciales. Voilà pourquoi nous sommes placés dans des écoles « spécialisées ». Voilà ce que sont les malades. Sa façon de parler me plaisait tellement ! Ce qu’il y avait dans sa tête m’intriguait ! En plus elle était agréable à regarder avec son grand sourire ! Lorsque mes larmes étaient enfin séchées, nous sommes allées souper. J’avais pour la première fois de ma vie une amie pour manger avec moi dans notre si grande cafétaria. Elle me parlait de toutes les personnes avec qui elle avait fait connaissance et elle m’avait promis qu’elle me les présenterait. Le secret, selon elle, était de dire directement qu’elle est sa spécificité ; le fait qu’elle est schizophrène. Ensuite nous étions retournées dans notre chambre, et plus ma chambre. Elle était à nous deux maintenant. J’avais alors terminé les devoirs à faire avec elle, vu qu’elle était dans ma classe. Et je lui avais fait part de toutes mes découvertes. Elle était émerveillée et me posait plein de questions. Sa technique fonctionnait finalement bien, elle m’intéressait tellement ! Et puis, enfin une personne qui me donnait de l’importance dans cette école !

Le cinquième jour de la semaine, et le dernier jour « normal » avant le week-end : vendredi. Je me suis encore levée à 7h00, mais avec beaucoup moins de difficultés que les autres jours. J’étais tellement refaite de la veille ; les longues discussions profondes que j’avais eu avec Alicia. Et cette fois, elle était toujours présente mais réveillée bien avant moi vu qu’elle était déjà prête. Ce qui expliquait pourquoi hier elle n’était pas dans la chambre à mon réveil. Alors pour ne pas la faire attendre, je m’étais préparée un peu plus vite que d’habitude et j’avais mis des vêtements un peu plus beaux. J’avais alors réussi à économiser cinq minutes de mon temps précieux. Du coup, au lieu d’arriver à la cafétéria à 7h25, j’étais arrivée à 7h20. J’avais alors cinq minutes de plus à ajouter à mon petit déjeuner. Cela me satisfaisait tellement ! J’espérais bien déguster mon petit déjeuner et avoir une conversation aussi intéressante que la veille. Au menu, en plus de mon croissant, mon thé anglais, et de ma baguette française, j’avais pris du beurre et du jambon à mettre dans ma baguette au lieu du nutella. C’est Alicia qui m’avait dit que c’était mieux de changer de temps en temps. Ensuite elle m’avait même proposé de m’assoir avec les deux filles qui m’avaient fixée hier, après le petit incident qui s’était produit entre Alicia et moi. Et j’ai accepté. Je me suis présentée directement en tant que schizophrène. Les deux filles, elles, étaient un peu attardées mentalement. Cela m’avait fait bizarre d’apprendre ça. J’avais oublié que dans cette école, un peu tout le monde avait quelque chose qui le différenciait des personnes « normales ». Après ça, Alicia et moi nous étions séparées des deux autres filles : B. et A., et parties en classe. Dès que ma concentration s’affaiblissait, celle d’Alicia semblait aussi s’affaiblir et nous nous mettions à discuter. Au cours de mathématique, j’ai fait la rencontre de Chiara, encore une fois grâce à Alicia. Chiara, elle, était juste dyslexique. Alicia avait raison, le secret était de dire ce qui nous différenciait des autres, ce qui nous rendait spéciale, cela intéressait toujours la personne avec qui je faisais connaissance. Ensuite, j’avais fait la connaissance de D. et Dan au cours de sciences. Encore une fois, grâce à Alicia. D. était autiste et il était devenu ami avec Dan, parce que Dan, lui, était l’un des seuls à vraiment le comprendre et donc pouvait l’aider en tout temps. Dan, lui, était comme B. et A., un peu attardé mentalement. Le cours de sciences m’avait paru d’avantage intéressant, je me sentais tellement bien, là, entourée de ces personnes ayant quelque chose en plus que les gens « normaux » ! Par la suite, au lieu de directement retourner pour aller travailler ou m’avancer dans les cours, Alicia, m’a fait faire un tour dans toute l’école. Il y avait un endroit magnifique de la cour de récréation que je n’avais jamais vu. Un garçon s’y promenait. Et Alicia m’a confié qu’il s’y promenait très souvent, alors elle aussi elle passerait très souvent par cet endroit, histoire de la voir. En même temps, ce garçon était tellement beau, encore plus magnifique que l’endroit où l’on se trouvait. Il était grand comme il le fallait, bronzé, il avait des cheveux très noirs et brillants avec des petites bouclettes bien définies et il avait aussi des yeux verts, si clairs. Quelle merveille ! Je me demandais quel était son nom. Mais je n’allais pas le lui demander, parce que c’est Alicia qui l’avait découvert, il était alors pour elle. Moi, je me contentais de l’admirer. Je le fixais tellement qu’il avait fini par me remarquer et me fixer d’un air intrigué, en mode : « Qui est-ce ? », et puis il avait regardé Alicia. Après ça, Alicia et moi étions retournées dans notre chambre et avions repris notre routine ; devoirs et recherches de sciences. Après le souper, et avant de dormir je m’étais demandé : « Ne suis-je finalement pas en train de changer mes habitudes ? », moi qui « n’étais pas du genre à changer ses habitudes » ?

Le samedi de la deuxième semaine était arrivé. Je ne faisais rien de vraiment différent le samedi, mais je n’avais pas cours. En général, j’aurais travaillé et avancé dans les devoirs que j’avais dans la semaine. Et puis j’aurais fait mes recherches habituelles, ensuite je serais allée manger à midi et le soir. Et c’est exactement ce que j’avais fait en plus de faire la commère. .

Le dimanche était pareil que le samedi. Mais comme nous avions avancé dans nos cours, nous nous étions permis de faire un tour dans l’endroit magnifique de la récréation. Et le fameux garçon était là. Alicia m’avait confié qu’elle irait lui parler le mardi qui arrivait.

Ensuite nous étions déjà à la troisième semaine. Tout passait si vite ! Les minutes le matin, les deux heures de cours pendant la matinée, le cours de sciences pendant l’après-midi, les balades dans le magnifique endroit de la cour.

Puis le mardi était arrivé. Alicia s’était réveillée tôt comme d’habitude. Elle n’avait pas d’heure fixe, ni de réveil. Après, elle m’avait réveillé à 7h00 comme elle le faisait tous les matins depuis vendredi. 7h25, nous étions sorties de la chambre. La chambre me paraissait plus agréable avec ma copine à mes côtés. C’était notre petit cocon. 7h30, nous étions arrivées à la cafétéria pour le petit déjeuner. Ce jour-là, j’avais décidé de reprendre du nutella dans ma baguette française. 7h55, Alicia, B., A. et moi avion fini de déjeuner. Nous nous étions donné rendez-vous à la récréation afin de trainer plus ensemble vu que nous n’étions pas toutes dans la même classe. 8h00, Alicia et moi étions en classe prêtes à commencer le cours. Le temps passait et passait et ma concentration s’affaiblissait alors Alicia, Chiara et moi recommencions notre bavardage incessant. Ma meilleure ennemie ne me donnait plus de nouvelles, comme si elle se disait qu’elle ne faisait pas le poids contre Alicia. Cela ne faisait que quelques jours mais Alicia et moi considérions que nous étions meilleures amies. On se l’était confié lors de notre balade dans l’endroit magnifique. Et elle n’avait pas osé aller parler au beau garçon.

Mercredi, Alicia s’était réveillée en retard. Je ne mettais plus de réveil parce que c’était elle qui était sensée me réveiller. Alors lorsqu’elle s’était réveillée en sursaut, il était 7h30. J’ai donc enfilé les premiers vêtements trouvés dans mon armoire. Mes cheveux n’étaient pas faits, mon visage, pas nettoyé. Je ressemblais à une mort vivante. Nous étions sorties de la chambre à 7h47 précisément, arrivées à la cafétéria à 7h50. Il me restait un peu moins de dix minutes pour manger si je ne voulais pas arriver en retard. Je n’avais alors pris qu’un croissant alors qu’Alicia, elle, avait pris son petit déjeuner habituel sur son plateau comme si elle avait vingt-cinq minutes devant elle. Je lui ai alors demandé : « Qu’est-ce que tu fais ? »

« – Beh je me sers mon petit déjeuner. » m’a-t-elle répondu très calmement.

« -Mais il nous reste moins de dix minutes en fait. », ai-je répondu en essayant de garder mon calme. (L’idée d’être en retard me mettait toujours de mauvaise humeur).

« – Je préfère être en retard et avoir eu un bon petit déjeuner, que ne pas être en retard mais être de mauvaise humeur parce que j’ai très faim pendant toute l’avant-midi. », a-t-elle dit comme si c’était logique.

« – Comment ça tu préfères être en retard ? Il est hors de question que nous soyons en retard, comme ça tu sais.

– Si tu ne veux vraiment pas être en retard, pars avant moi, moi ça ne me dérange pas.

– Moi ça me dérange.

– Pourquoi ? Ce ne sera pas toi qui sera en retard. »

J’étais ensuite allée m’asseoir sans lui donner de réponse. Je ne voulais tout simplement pas qu’elle m’abandonne, même pour dix minutes. Mais elle m’énervait, elle était trop zen, alors que si moi j’étais stressée, c’était à cause d’elle. C’est vrai, c’est elle qui s’était réveillée en retard. J’étais finalement arrivée à l’heure en français et j’étais toute seule durant la première heure. Cette matinée m’avait tellement saoulée que je m’étais mise à l’écart toute seule. J’évitais de regarder les oiseaux et les craies. Et je me concentrais pour ne pas trop que les autres commencent à vouloir discuter avec moi, en particulier Chiara et Alicia. Lors de la récréation, j’étais allée me promener toute seule dans la partie magnifique de la cour, il y avait le magnifique garçon. Je le contemplais parce qu’il était vraiment agréable à regarder. Je n’étais tellement pas discrète qu’il avait fini par me repérer. Il m’avait souri et s’est avancé vers moi pour me demander comment je m’appelais. Ensuite il a dit que j’avais un joli prénom et est reparti. Il venait de refaire ma journée en deux secondes. Au cours de mathématique, je reparlais à Alicia comme si de rien n’était et ça se voyait que ça l’avait soulagée, qu’elle ne voulait pas que je me fâche sur elle. Ensuite, à midi, je lui ai raconté et elle voulait alors absolument que le garçon lui parle à elle-aussi. Mais lorsqu’il nous avait vues, il n’avait même pas souri, c’était alors elle qui était fâchée sur moi durant toute l’après-midi.

Jeudi, Alicia s’était encore réveillée en retard ! Elle m’avait réveillée à 7h30, encore. Nous étions sorties de la chambre à 7h47, encore. Alicia avait encore préféré prendre un bon petit déjeuner et arriver en retard. J’étais seule durant la première heure de français, encore. Mais j’avais gardé mon calme et fait comme si de rien n’était. Et à la récréation, j’avais encore une fois été dans la partie magnifique. Le garçon était encore là. Lorsqu’il m’a vu, il s‘est approché et cette fois m’a demandé : « Comment ça va ? », « T’es dans quelle classe ? » et « T’es vraiment mignonne, tu sais ? ». J’avais cru rêver ! Mais bien évidement je ne pouvais pas me permettre de cacher ça à ma meilleure amie. Je lui avais alors raconté à midi. Et là, elle s’est encore plus énervée sur moi que la dernière fois. Elle m’a demandé : « Tu le fais exprès ? »

« – Comment ça ? », avais-je demandé à mon tour.

« – Tu me laisses avec Alessandra et Béatrice, tu t’isoles. Et je culpabilise, je pense que je ne dois m’en prendre qu’à moi parce qu’en ce moment je ne fais pas d’efforts, alors que tu es juste en train d’aller te pavaner tranquillement devant le gars que je voulais absolument. Tu le fais exprès ?

– Quoi ? Mais non, n’importe quoi ! Je vais là-bas pour me calmer parce que je ne veux pas rester fâchée contre toi. C’est lui qui vient me parler, moi je ne fais que le regarder.

– C’est ce que tu veux me faire croire. Si une jolie personne que je ne connais pas me fixait, je m’intéresserais aussi à elle. Arrête de faire l’innocente, s’il te plait. Dis juste la vérité.

– Je ne suis pas une menteuse ! », avais-je dit en haussant le ton de ma voix. Je dis la vérité.

Et elle m’a tourné le dos et est partie en me laissant sans réponse. Comme je le faisais habituellement quand je n’avais plus envie de parler avec la personne qui m’énervait. Le jour juste avant, elle était juste fâchée légèrement, elle me boudait, mais me parlait à contre cœur. Mais cette après-midi-là,  elle ne m’avait pas adressé la parole, ni regardée. Nos conversations avec David et Daniel en sciences étaient très froides à cause de nous deux. Et ce soir-là, j’avais alors mis mon réveil sentant que quelque chose allait arriver le lendemain matin.

Le vendredi, mon réveil a sonné à 7h00. Alicia n’était pas là, comme le matin où je pensais qu’elle était une farce de ma meilleure ennemie. J’avais fini de me préparer à 7h25 et était arrivée à 7h30 à la cafétéria, « comme au bon vieux temps ». Mais cette fois-ci, Alicia n’était pas là. J’avais pris mon petit déjeuner habituel et m’étais assise avec Alessandra et Béatrice. Et aucune des deux ne m’a demandé où était Alicia. Même chose à la récréation, personne ne s’est posé la question. Ni David et Daniel en sciences. Je n’avais pas eu la tête à aller voir le beau garçon de l’endroit magnifique. Et je m’étais rendormie toute seule.

Samedi, à mon réveil, Alicia n’était encore pas là. J’avais alors commencé à paniquer et à fortement m’en vouloir ! Ne sachant pas quoi faire, je me suis préparée comme si j’avais école. Mon premier réflexe était d’aller dans l’endroit tellement beau de la récréation. J’ai alors appelé Alessandra et Béatrice qui partageaient la même chambre, comme Alicia et moi. Je leur ai demandé de m’accompagner, mais elles ne voyaient absolument pas de quel endroit je parlais. Je me suis dit que ce n’était pas grave, parce qu’avant qu’Alicia ne débarque, je ne connaissais pas non plus cette partie de la récréation. C’était juste que je pensais qu’Alicia leur en avait parlé et même touché un mot à propos du beau garçon. J’ai alors appelé Chiara. Et sa réponse était similaire à celle d’Alessandra et Béatrice ; elle ne connaissait pas l’endroit. Et pourtant, Chiara était assez proche d’Alicia. Mais elle a quand même accepté de me suivre sans même que je lui explique la raison pour laquelle je voulais qu’elle m’y accompagne. Dans les couloirs, en attendant Chiara, j’ai croisé David et Daniel qui m’ont demandé ce que je faisais là. Je leur ai dit que j’attendais une amie pour aller dans la partie de la récréation pleine de fleurs, de grands arbres, et tout. Mais ils ne voyaient pas de quel endroit je parlais. Chiara est ensuite arrivée ainsi qu’Alessandra et Béatrice qui passaient par là pour aller déjeuner. Elles m’ont fait la bise, et Chiara m’a demandé ce qu’il se passait. Je lui ai juste dit de m’accompagner chez le directeur. Et tout le monde m’a suivi ; Alessandra, Béatrice, Chiara, Daniel et David. Nous étions arrivés tous en groupe et j’ai directement dit : « Bonjour monsieur, désolée de vous importuner, mais c’est parce que lorsque vous étiez venu dans ma chambre pour inspecter l’espace et le nombre de places des lits, vous étiez venu avec une fille. Et il se trouve que cela fait une journée entière que je ne la vois plus. Pourriez-vous me dire où elle se trouve si vous le savez ? »

« – Malheureusement je ne pourrais pas. Je me souviens avoir fait les inspections, mais je ne me souviens plus de la fille dont vous me parlez, Mademoiselle. » m’a-t-il répondu.

« – Une fille de la même corpulence que moi, qui n’arrête pas de sourire, et qui a une voix très aigue ! », ai-je répliqué les larmes aux yeux, « Alessandra ou Béatrice, je ne sais pas moi, dites-lui, je ne sais pas, comment grâce à elle nous nous sommes rencontrées ! Lorsque je l’avais chassée de ma table à la cafétéria et que vous me regardiez bizarrement ! »

Et lorsque je me suis retournée vers elles en attendant leur réponse, Chiara, Daniel et David avaient l’air de ne pas comprendre pourquoi j’angoissais comme ça. Ensuite Béatrice s’est avancée vers moi et m’a dit : « Reprends ton calme ma chérie. Si l’on te regardait comme ça l’autre jour, c’était parce que tu parlais toute seule. Mais lorsque tu t’étais présentée et que tu nous avais dit que tu étais schizophrène, tout était devenu clair pour nous. »

Et c’est grâce à ces paroles que tout était aussi devenu clair pour moi. Le magnifique endroit dans la récréation, ainsi que le beau garçon n’existaient pas. Et ma meilleure amie avait, en revanche, toujours existé. Elle était en réalité ma meilleure ennemie.

Alice Aloka Lohonga

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