Prisonnière de cette prison sans fin ?

C’était fait, Sophia avait pris sa décision, elle allait partir. Elle ne pourrait jamais se passer d’aller dehors. De sentir le vent qui lui fouette le visage, le soleil qui la réchauffe, les flocons qui tombent et refroidissent sa peau toute frêle. C’était impensable pour elle. C’était décidé, elle partirait ! Mais une question restait en suspens, comment ? Comment arriverait-elle à s’échapper de cette prison ?

Tous les jours, elle se triturait les méninges à essayer d’établir un plan. Mais lequel ?

Et surtout, comment allait-elle réussir à sortir avec tous ces gardes qui surveillaient les prisonniers enfermés dans leurs cellules ? Et les caméras de surveillance cachées à chaque recoin de la pièce ? Elle le savait, elle était surveillée. Sophia soupira d’exaspération.

Ces foutues caméras qui ne perdaient pas une miette de ce qu’elle faisait !

Elle avait cessé de regarder où se cachaient ces caméras, qui ne la lâchaient pas d’une semelle, car elles étaient très bien dissimulées. C’était perdu d’avance.

Et puis, qu’allait-elle faire même si elle les trouvait ? Bon, elle allait certainement les casser, mais à quoi bon ? Les gardes allaient en remettre de nouvelles et puis cela n’avancerait à rien et elle le savait pertinemment. Tout ce qu’elle voulait, c’était sortir de cet endroit et être libre. Elle en avait assez de faire des circuits continus dans cette foutue prison à poireauter comme une andouille. Elle en avait assez de voir tous les jours ces fichus barreaux de la cellule dès qu’elle se réveillait, le matin. Elle se sentait toujours séquestrée dans la prison à rester la plus grande partie de son temps enfermée. La prison était petite et c’était un calvaire pour elle de retourner dans la cellule à chaque fois qu’elle devait y rentrer. Elle songeait à la vie qu’elle aurait pu avoir si elle n’était pas en prison. Ce qu’elle ferait de sa vie, quel job elle allait pouvoir faire plus tard. Elle ne savait pas si elle allait rester en prison à perpétuité ou non. D’ailleurs, il était hors de question qu’elle passe le restant de ses jours enfermée dans cette horrible prison. Elle devait passer à l’action, et vite.

Le pire, dans tout cela, c’était qu’elle n’avait rien fait de mal. Elle ne savait même pas ce qu’elle faisait là. Elle ne se souvenait que d’une chose: des hommes, habillés en noir, l’avait conduite ici alors qu’elle n’avait que sept ans. Insensé. Qui enlèverait une petite fille innocente ? Elle vivait dans un monde de fous. Il fallait qu’elle sorte d’ici, par n’importe quel moyen. Partir de cet endroit rempli de tarés. Oui, c’était ce qu’elle voulait…

Soudainement, un homme se posta devant sa cellule. La jeune fille releva la tête et essuya ses larmes pour améliorer sa vision. C’était lui. L’homme à la barbe grise qui venait tous les jours pour ouvrir sa cellule : Monsieur Kies. Il sortit les clés de sa poche en esquissant un petit sourire. Cet homme était un vrai sadique, il savait très bien ce que les prisonniers allaient endurer et il s’en fichait pas mal car ce n’était pas son problème. Du moment qu’il était payé pour faire son travail, le reste n’avait pas d’importance.

Au même moment, Sophia se leva et le suivit dans les couloirs interminables, les yeux vides, n’exprimant aucune émotion.

Ils finirent par atterrir dans une salle assez lugubre. Il y avait juste un fauteuil avec un équipement pour les injections, à côté. Elle s’installa puis ferma les yeux. Elle savait ce qu’ils allaient lui faire. Après tout, elle avait l’habitude…

Ils lui avaient soulevé le bras pour lui injecter leurs produits étranges et lorsque Sophia commença à hurler de douleur, ils la bâillonnèrent. Elle sentit l’électricité parcourir tout son corps, c’était horrible. Elle se souvenait de toutes les décharges qu’elle avait reçues hier, avant-hier et de tous les autres jours, auparavant. Cela faisait tellement mal… mais que pouvait-elle faire ?

La décharge électrique était leur première torture et venait ensuite leurs injections douteuses. Elle n’avait aucune idée de ce qu’elles pouvaient contenir et ne voulaient même pas le savoir, d’ailleurs. Sûrement des mélanges étranges avec des produits ou quelque chose dans le genre. Elle n’avait même pas eu la force de verser des larmes, elle avait déjà trop pleuré. Elle voulait partir, s’enfuir d’ici et ne plus jamais y remettre les pieds.

Elle voulait simplement sentir le vent sur sa peau comme la dernière fois. Ce jour-là, elle avait pu sortir dehors. Une fois par an, les prisonniers pouvaient sortir à l’extérieur de la prison pour se rafraîchir un peu. Ce qu’elle avait aimé ce moment de liberté…  savourer ces différentes sensations, les rayons du soleil qui réchauffaient sa peau si fragile. Elle avait l’impression de voler. Elle rouvrit les yeux quelques instants avant de les refermer en voyant la pointe de la seringue s’enfoncer dans sa peau.

Elle se mordit les lèvres avec violence découpant dans sa peau un large croissant rouge tellement la douleur était intense sous l’effet de la torture. Elle se jura qu’elle allait sortir d’ici. Ce fut ses derniers mots avant qu’elle ne sombre pour de bon.

Elle se réveilla dans le lit, dans sa cellule et eut comme un blocage en essayant de se relever. La jeune fille regardait, à présent, son bras recouvert de bandage. Elle ne voulait  même pas voir ce qu’il y avait en dessous, elle en serait écoeurée. Mais combien de temps allait-elle encore tenir ?

– « Bande de monstres !», lâcha-t-elle.

Elle ressentit subitement une douleur à la tête et mit aussitôt ses mains dessus. Ces prises régulières de médicaments en grande quantité allaient finir par avoir raison d’elle.

Une sonnerie retentit, soudainement. C’était l’heure du repas. Le ventre de la jeune fille ne gargouillait pas, elle n’avait pas faim. Mais elle devait au moins aller au réfectoire même si elle n’allait rien manger, il fallait au moins faire semblant. C’était surtout qu’elle n’avait pas la tête à cela. Sophia aurait pu ne pas y aller, bien sûr, mais elle était obligée sinon elle devrait en assumer les conséquences. Elle avait déjà assez souffert, elle ne voulait pas en rajouter une couche. Elle se mit en position dans les couloirs avec les prisonniers, en file, dès que les gardes lui ouvrirent la porte.

Elle voyait tous ces prisonniers avec un bandage sur les bras, comme elle. Elle n’était donc pas la seule à entendre des cris, tous les soirs. Sophia avait fait connaissance avec certains prisonniers mais cela n’était pas allé plus loin. Elle n’avait pas la tête à se faire des amis. Tout ce qui comptait pour elle, c’était de partir. Tous ces pauvres prisonniers souffraient et réclamaient leur liberté, comme elle.

Ses yeux s’arrêtèrent sur un garçon, ou plutôt sur son bras. Curieusement, parmi les prisonniers, il avait le bandage le plus gros qui recouvrait son bras jusqu’à l’épaule, de toute évidence, il était celui qui avait le plus souffert.

La jeune fille releva la tête pour distinguer une paire d’yeux qui la fixait. C’était le garçon. Elle fronça les sourcils en s’apercevant qu’il avait des yeux de couleur différente. Elle détourna les yeux, aussitôt. Elle entamait sa marche, après s’être fait réprimander par un garde, en soupirant.

La file commençait à se disperser en atteignant le réfectoire et elle partit directement prendre un plateau, sans demander son reste. Une fois installée avec le plateau rempli de bouillie de pomme de terre posé sur la table, elle réfléchit encore au plan qu’elle devait mettre en place au plus vite. Le souci, c’était qu’elle avait beau réfléchir, elle n’en trouvait pas, sachant que la douleur qui émanait de son pauvre bras endolori conjugué au brouhaha du réfectoire la déconcentrait fortement. Elle repoussa son plateau avec dégoût. Inutile de faire semblant de manger, ne serait-ce que pour prendre cette nourriture avec une fourchette, ce serait déjà dégoutant. La purée ne lui faisait clairement pas envie, autant mourir de faim, ce serait mieux.

Elle détachait ses yeux de cette fameuse purée pour croiser de nouveau les yeux vairons du garçon, qui d’ailleurs, la fixait toujours. Ce dernier avait les cheveux courts de couleur noire et avait une balafre d’au moins 4 cm sur sa joue droite. Elle serra les poings en songeant à ce que ces tarés lui avaient fait et elle n’osait même pas imaginer l’état de son bras. C’était décidément pire qu’elle.

Elle entendit une voix avant qu’elle ne retourne dans sa cellule. Elle crut avoir entendu quelqu’un lui dire d’attendre. La jeune fille se retourna brusquement et fit face au même garçon aux yeux vairons. Que lui voulait-il ?

Elle se demanda s’il fallait rester ou partir et faire comme si rien ne s’était passé mais elle décida finalement de l’écouter. Peut-être allait-il lui annoncer quelque chose d’important ?

« Pas ici. Je connais un autre endroit où personne ne nous entendra.» dit-il.

Sophia fronça les sourcils avant de le suivre quelque part, à l’abri des caméras.

« Mais… et les caméras ? demanda Sophia.

– Ne t’inquiète pas, dit-il en souriant, j’ai réussi à truquer quelques caméras mais ce n’est que temporaire. De ce fait, ils ne peuvent pas nous voir, pour le moment. »

Elle se demanda s’il fallait lui faire confiance, après tout, elle ne le connaissait pas.

Ils finirent par atterrir dans un petit endroit peu éclairé, elle ne savait pas exactement où elle se trouvait mais elle pouvait constater qu’il n’y avait aucune caméra cachée dans les parages. L’endroit était abandonné. Elle se demanda comment il avait trouvé un endroit pareil. Peut-être avait-il encore une fois truqué les caméras ? Mais… il aurait pu déjà partir de cet endroit depuis longtemps…

Une fois arrivés en lieu sûr, il lui fit part de son plan.

Le plan consistait à enlever toute électricité, pour qu’il n’y ait plus aucune lumière dans la prison et faire croire aux gardes que ce n’était qu’un simple court-circuit. Ensuite, le garçon déroberait les clés au chef des gardes pour ensuite ouvrir toutes les cellules et partir définitivement de cet endroit. C’était risqué. Très risqué. Faire cela dans le noir total, où personne ne se verrait rendrait les choses plus compliquées encore. Non, son plan tomberait à l’eau à coup sûr. Il fallait trouver autre chose, mais quoi ? Il fallait partir le plus vite possible mais avec quel plan ? Il n’y avait pas d’autre alternative, c’était ça ou rien. Il fallait prendre des risques dans la vie alors autant le faire même si le plan risquait d’échouer.

Le jeune homme devait bien connaître les environs et il savait où se trouvait la sortie. Elle en était sûre. Peut-être que le plan allait fonctionner, après tout ? Une petite flamme commençait à s’allumer dans sa poitrine, comme une douce chaleur. Allait-elle enfin être libre ? C’était ce qu’elle espérait au plus profond d’elle et lorsque le garçon termina de parler, la jeune fille eut subitement un doute. Pourquoi venait-il lui exposer son plan alors qu’ils ne se connaissaient pas ? Comme si c’était son ami ? C’était bizarre mais elle ne s’attarda pas là-dessus longtemps et finit par lui faire confiance.

Ils hochèrent tous les deux la tête en même temps avant de retourner dans leurs cellules respectives. La jeune fille se rendait compte que sa vie allait basculer. C’était sa chance et il fallait qu’elle s’en saisisse.

Elle se réveilla en sursaut. Que se passait-il ? Elle constata qu’il n’y avait plus d’électricité, il n’y avait que du noir. Le noir total. Tout se déroulait comme prévu. Elle se leva brusquement. Alors ça y était ? Allait-elle enfin sortir d’ici ? Elle fit quelques pas pour s’adapter à l’obscurité due au court-circuit. La prison était donc coupée de toute électricité.

Elle entendit soudainement des pas. La jeune fille ne voyait quasiment rien dans le noir jusqu’à entendre une voix désormais familière. Elle entrevit une silhouette munie d’un trousseau de clés. C’était lui. Avec les clés en sa possession.

Elle eut un soulagement. Il ouvrit sa cellule avant d’ouvrir celle des autres avec l’aide de la jeune fille. Au moment d’ouvrir la dernière cellule, les gardes commencèrent à apparaître et s’élancèrent sur eux. A partir de cet instant, il y eut un vrai carnage. Les prisonniers se battaient avec eux, les gardes essayaient de les mettre hors d’état de nuire mais les prisonniers étaient trop nombreux et se jetaient déjà tous sur les gardes, désormais à terre.

Ils avaient choisi ce moment pour fuir mais dans l’obscurité ? Cela ne les aidait pas.

Tous suivirent le garçon qui, apparemment, connaissait le chemin de la sortie. Il n’y avait pas de lumière pour les éclairer et les guider, ils ne voyaient absolument rien. Tous les espoirs des prisonniers reposaient sur le garçon.

Le coeur de la jeune fille battait à tout rompre, elle s’était jurer de quitter cette prison et elle allait honorer cette promesse. Les prisonniers couraient comme des fous pour s’échapper pour de bon, ils suivaient le chemin que le garçon leur indiquait, en tournant à gauche, puis à droite, ils avaient l’impression de tourner en rond. Dans un circuit sans fin. Ils tournaient dans tous les sens tel un troupeau de bisons en furie, c’était la débandade.

Allaient-ils sortir de cet endroit pour de bon ? Soudainement, ils commençaient à discerner une petite lumière, non loin. La jeune fille écarquilla les yeux. La sortie était toute proche…

Mais malheureusement, il était déjà trop tard. La lumière revint. Ils comprirent, dès lors, qu’ils devaient presser encore plus le pas. Au loin, ils entendirent du bruit et virent les gardes courant dans leur direction. Les prisonniers ne se doutaient pas qu’il y avait des renforts supplémentaires qui apparaissaient par différents endroits, deux troupes qui arrivaient sur les côtés, prêts à les attraper. Comment faire pour se tirer de là ? Décontenancés, ils se rendirent compte que leur impression de tourner en rond n’était pas «juste» une impression, mais la réalité.

Farah Ahlaloum

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