L’amitié fait mal, tu sais ?

Des cris, des jurons, un verre qui se brise, une porte qui claque, une voiture qui démarre, la fin d’une amitié.

Puis le silence. Il est quatre heures du matin quand dans un petit appartement l’on peut voir la silhouette d’un homme recroquevillé sur son canapé. Il pleure, sanglote, passe nerveusement ses mains dans ses cheveux noirs charbons. Puis il saisit son portable afin d’envoyer un « excuse-moi » à son amie. Evidemment il ne s’attend pas à une réponse immédiate alors il pose son téléphone sur la table basse pour ensuite aller dans la cuisine prendre un verre d’eau. « C’était juste une dispute, hein? », essaya-t-il de se convaincre,  » juste une dispute de rien du tout ». Elle allait revenir n’est-ce pas ? C’est ce qu’il espérait au plus profond de lui.

Il fixa son reflet dans le verre puis le lança contre le mur dont retentit un bruit strident. Après ça, il retourna s’asseoir sur son canapé beige et repensa à la dispute. Tout était de sa faute à elle s’il était là à se morfondre sur son canapé, il en était persuadé. C’était juste une amie après tout. Ou peut-être meilleure amie ? Mais pas pour lui.

Pour Osvald, car c’est comme cela qu’il s’appelle, elle était sa seule amie. Vous voyez, ce genre d’ami qui vous soutient et vous aide à tenir à la vie ? Et bien, voila, c’est de ce type d’ami-là dont je parle.

Il se leva et alla vers son bureau d’où il extirpa une photo de son amie. En examinant la photo, une larme roula sur sa joue, une larme qu’il essuya rapidement avec le dos de sa main. Elle s’appelait Marina, c’était une française d’origine russe aux cheveux blonds. Plus il regardait la photo et plus il repensait à la dispute. Et vous savez c’est quoi le pire ? Le pire, c’est que tout était de la faute d’Osvald, même s’il se persuadait du contraire. Mais peut-être devrais-je vous éclairer sur le comment du pourquoi.

Pour faire simple, Marina et Osvald se connaissaient depuis leur enfance. Ils sont tous deux français et partageaient le même rêve. Celui de vivre à New-York. Lorsqu’il eurent la majorité, ils purent réaliser leur rêve d’enfance et allèrent tous deux aux  USA. Osvald travailla dans une entreprise tandis que Marina se pencha plus dans le domaine de la technologie. Malgré le temps qui passait, ils gardèrent contact et leurs appartements n’étaient distants que de quelques rues à peine. Mais ces derniers jours, Osvald avait développé un sentiment étrange envers Marina. Ce sentiment était l’amour. Il ne savait pas si cette amour était réciproque mais il était sûr d’être amoureux vu l’accélération de son cœur lorsqu’elle pensait à elle. Quoiqu’il en soit, il décida de lui annoncer ce soir même. Alors le matin de la veille, il lui avait demandé si elle accepterait d’aller au restaurant le midi où il comptait lui révéler sa flamme. Elle accepta son invitation et Osvald sentit son cœur s’embellir de joie.

Seulement lorsque le moment fut arrivé, Marina ne vint pas. Elle lui avait comme on dit  » posé un lapin « . Il rentra chez lui frustré et déçu car c’était la deuxième fois qu’elle lui faisait le coup.

Le soir même, à minuit, Marina était chez lui pour lui expliquer la cause de son absence au restaurant. Mais Osvald ne voulut rien entendre. Elle avait beau lui dire que son patron lui avait donné plus de travail que d’habitude et qu’elle n’avait pas pu l’appeler car son téléphone n’avait plus de batterie. Il s’en fichait grandement car il prit cette absence comme une trahison. Vint ensuite la dispute, la suite vous la connaissez…

Quelques minutes plus tard, Osvald rangea la photo là où il l’avait prise. Il faisait désormais les cent pas dans son appartement. Après avoir repensé à tout ça, il s’était rendu compte de son égoïsme et de sa bêtise et voulut retrouver son amie pour s’excuser. Mais vint s’ajouter un autre sentiment. La peur. La peur que la dispute recommence une nouvelle fois s’il allait s’excuser. La peur de circuit. Malheureusement le fait était là. Puisqu’elle ne répondait pas au téléphone, il décida donc d’aller directement chez elle. Il avait certes peur, mais il voulait au moins la savoir en vie. Il prit sa veste puis descendit les escaliers où après être sorti de l’immeuble, il entama sa marche vers l’appartement de Marina.

Pendant sa marche, il repensa à la vie qu’il n’avait pas. New-York, c’est joli, New-York, c’est vivant. Oui, les USA, c’est joli mais c’est mort. Tu peux te faire tirer dessus parce qu’un type a décrété que ta tête lui revenait de droit. Les gens ne te montrent pas leur face cachée. On nous montre les stars, les palmiers, les plages au sable fin. Alors oui, ça fait rêver les gosses, mais tout le monde sait que les rêves de gosses restent des rêves de gosses. Depuis tout petit, on rêvait de Miami, Los Angeles, Washington. Osvald en rêvait aussi mais quelques jours seulement après son arrivée à New-York il ne voulait que prendre le premier avion pour la France. En plus, un Français à New-York, ça fait vite tache. Avec l’accent qui fait saigner les tympans.

Durant sa marche, il ne put s’empêcher de penser à sa relation avec Marina. L’être humain est fort et stupéfiant mais il est aussi parfois faible et consomme des stupéfiants. Mais Osvald se dit qu’il n’était pas le pire. Il n’a jamais jugé bon de se droguer, « ça mène à rien » comme lui répétait sans cesse Marina. Lorsqu’on est tout petit, on nous fait croire dur comme faire au grand amour et on croit jusqu’à ce qu’on tombe dans la réalité. La réalité où tout le monde sombre et se plaint.

Après une centaine de mètres, Osvald arriva enfin en face de la porte de l’appartement de Marina, le cœur battant et les mains moites.  Il s’avança puis sonna. Pas de réponse. Il recommença deux, trois, quatre fois puis abandonna. Il se pencha vers la fenêtre du rez-de-chaussée car c’est là qu’habitait Marina avec l’espoir d’apercevoir sa silhouette mais, manque de bol, les rideaux étaient tirés. Il fut désespéré puis eut l’idée de regarder sous le pot de fleurs posé sur le rebord de la fenêtre. En effet, il y a longtemps de cela, elle lui avait dit que si elle n’était pas chez elle pendant plusieurs jours, elle préviendrait en mettant un petit mot sous le pot de fleur.

Osvald souleva le pot puis retira un petit bout de papier où il était écrit  » Je suis allé rendre visite à une amie, je ne serai pas de retour avant plusieurs jours ». Osvald sentit les larmes monter en lui. Il sortit de sa veste un petit cahier qui lui servait de  » bloc note » pour son travail, déchira une feuille, sortit de sa poche un stylo et écrit  » Alors ça se termine comme ça Marina ? J’aurais aimé avoir des explications ! Bon sang, t’es partie comme ça sur un coup de tête, on aurait pu en parler quoi ! Tu disais que tu serais toujours là lorsque j’aurai besoin de toi. Mais où es-tu à présent, hein ? Pas chez toi en tout cas. Je t’en prie, reviens. Je sais que j’ai un caractère de con mais t’es pas mieux. Tu t’en fous ? Moi aussi tu vois mais c’est trop tard ! » Après avoir relu son message, il en fit une boulette de papier et le plaça énervé sur les fleurs. Il s’en fichait de savoir si elle allait retrouver son mot. Tout ce qui était important pour lui était l’avenir. On dit que lorsqu’une porte se ferme, une autre s’ouvre. Et bien une porte s’est fermée ce jour-là pour Osvald. Alors peut être serait t-il temps d’en ouvrir une autre…

Zayd Sefiani

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